Presse

Quand Pierre Corneille naît en 1606, le soleil ne s’est pas levé. Il faudra attendre plus de trente ans avant que Louis XIV voie le jour. L’ordre et la hiérarchie ne dominent pas les hommes. Les grands s’abandonnent à leur bon plaisir, les bourgeois ont des démangeaisons de révolte. Richelieu va bientôt tenter de mettre le holà. Corneille est un fils du désordre. Ce début de siècle est incertain, tumultueux. Il hésite entre le baroque et le classique. Les temps sont à l’héroïsme. Chacun ne songe qu’à sa gloire. Corneille n’oubliera jamais la leçon. Lorsqu’il écrit en 1644 Le Menteur qu’a monté avec allégresse Nicolas Briançon (Théâtre Hébertot) la Fronde commence. Et bien que robin, toute sa vie Corneille sera frondeur. Il sait ce qu’il vaut et ne doute de rien.
La jeunesse est en lui à jamais enracinée. C’est, avec Hugo, le plus vivace de nos auteurs. Il n’aime pas courber l’échine. A soixante-dix-huit ans, il se tient toujours droit. Lorsque Racine fait le chien couchant devant le Maître, Corneille continue à se dresser sur ses ergots. Non sans prudence certes, ni quelques complaisances ni quelques flagorneries (il faut bien vivre !), mais en gardant malgré tout son quant-à-soi. Il ne sera jamais domestique, même d’un roi. Il a une fierté que rien n’abolira. C’est un éternel adolescent.
Cette adolescence est le ressort du Menteur. Tout y est liberté de ton et d’humeur, mais ce n’est pas une pièce de chien fou. Corneille a trente-huit ans quand il l’écrit. Elle succède à Polyeucte, à Horace, à Cinna. Corneille est déjà un vieux routier, mais il s’amuse toujours, il se laisse encore une fois aller à son naturel, comme lorsqu’il avait vingt-six ans et écrivait La Veuve, Mélite ou La Place Royale. Il échappe aux règles et aux lois. Il ouvre les fenêtres, c’est une bouffée d’air frais, c’est aussi un adieu aux fantaisies qui le firent connaître. Le Menteur est sa dernière comédie. Il en tirera la même année une suite, et tout sera dit.
Encore une fois ce qui domine, c’est le mouvement c’est l’énergie. L’énergie est partout chez Corneille, elle donne du nerf aux extravagants qui peuplent son théâtre. Attention ! Ces extravagants calculent et n’oublient jamais leurs intérêts. Le véritable amour qui les porte, c’est l’amour de soi. Ainsi est le Dorante du Menteur, un chenapan sans conteste, mais un chenapan candide. Nicolas Vaude, menteur d’instinct, plus chafouin que nature, toujours en perdition et toujours vainqueur, est éblouissant dans la sournoiserie innocente. II met dans son jeu un mélange d’enfance et de rouerie, de maladresse et de roublardise qui nous enchante. C’est un affreux jojo dans tous ses traquenards et toutes ses impatiences. Il porte le rôle comme s’il avait été taillé pour lui.
Les héros de Corneille sont souvent sans vergogne, et d’un amoralisme ingénu. Ils règlent leurs désirs suivant leur intérêt. Nicolas Vaude rend par je ne sais quelle grâce qui lui est propre cet amoralisme désarmant. Son cynisme devient sympathique. La cocasserie l’emporte, comme chez Matamore à qui parfois il ressemble, et la bizarrerie de ses volte-face, de ses retournements impromptus, nous émerveille plus quelle ne nous indigne. On ne saurait faire mieux. Ne nous y trompons pas, ce n’est pas un Arlequin, c’est un jeune seigneur qui batifole tout en cherchant un état. Corneille ne doit rien à la Commedia dell’arte. Il tire tout de lui.
Il a même inventé la jeune fille, cette jeune fille capricieuse, déliée et fine mouche dont Musset fera ses délices. Celles de Marivaux, qui viennent parfois d’Italie, sont plus attentives à leur cœur, et badinent avec plus de sagesse. Les premières comédies de Corneille, qu’on avait longtemps oubliées, sont peuplées d’êtres légers, insouciants, agiles, charmants qui vont tous, comme dirait Stendhal, à la chasse au bonheur. C’est pourquoi ils nous sont proches. On peut sans risque, comme le veut Nicolas Briançon, en faire nos contemporains. L’idée n’est pas neuve, Hubert Gignoux, directeur du Théâtre de Strasbourg, avait déjà mis, il y a belle lurette, des motocyclettes sur la Place Royale. L’essentiel est ailleurs : dans l’inépuisable jeunesse de Corneille. On la retrouve, trente-six ans plus tard, dans Tite et Bérénice, étincelante, intacte…

CHRONIQUE
Corneille, ce jeune homme
Pierre Marcabru

La montée au Palais ou le plaisir d’admirer
EN AMOUR, le plus beau moment, c’est quand on monte l’escalier. Même chose pour l’apparition d’Athènes : on ne saurait y arriver sans désir, comme le conseille Paul Valéry pour le Trocadéro (à chacun son Acropole!). C’est vrai aussi du palais d’Avignon, lorsqu’on aperçoit, de la place de l’Horloge, sa promesse couleur d’os, de platane, de guerrier scythe. Heureux festivaliers qui vont reprendre dans quelques soirs ce chemin brûlant !
Devant les mêmes murailles de la Cour d’honneur, il y a juste un demi-siècle, les gens d’« en bas », les vrais, étaient invités par Jean Vilar à découvrir le Lorenzaccio de Gérard Philipe. Le mistral faisait claquer la chemise du comédien comme une oriflamme, et les paroles de Musset comme un hymne à on ne savait quelle pureté. En pleine guerre froide, ce Guevara sans béret ni barbe faisait un pendant pâle à l’utopiste des guérillas tropicales. Question aussi tenace que vaine : si le destin n’avait pas traîné sa dépouille en coulisse, à 36 ans, qu’aurait-il joué d’autre ensuite, cet ange ? On l’imagine mal claudiquant, d’une voix cassée, vers les emplois de souverains déchus, rejoignant aujourd’hui les Yves Robert et les François Périer, ses frères octogénaires qui resteront à jamais ses pères, dans l’éternité indécise des répertoires.
Il y avait du trouble à voir Gérard Philipe débuter, en 1945, dans le Caligula de Camus, à Hébertot. Lui, le Perdican-né, réclamer la lune, passe encore ; mais exiger des têtes coupées, en sale gosse féroce ? Fallait-il que les philosophies d’alors poussent à l’absurde le vertige de la liberté !
Une coïncidence comme les aime le théâtre veut que la même scène des Batignolles accueille, cet été, un autre prodige de grâce, dans Le Menteur. Nicolas Vaude n’a rien d’un vengeur romantique : trop Scapin narquois, trop proche de Diderot (Il a joué Le Neveu de Rameau), trop frotté d’espièglerie britannique, de la graine de Rochefort et de Rich – celui du Château en Suède, où il lui a d’ailleurs succédé. Mais il lui reste un air de famille avec Philipe, un certain refus joyeux des cynismes et des vulgarités d’époque. A l’heure où s’achevait le Mondial de foot, il se trouvait une pleine salle pour goûter les prouesses d’effronterie inventées par Corneille. Comme si ces prouesses lavaient le public des improvisations débiles et des confessions de névropathes à quoi la télévision prétend réduire ses attentes.
Autre démenti à l’escroquerie de l’Audimat : l’affluence heureuse, malgré les soirées fraîches du Marais, à l’Hernani monté par Anne Delbée dans la cour de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Le triomphe réservé aux reprises du Bicentenaire de Hugo, dont celle de Ruy Blas au Français, montre assez que les débats nobles, la langue fière d’elle-même et les exploits d’acteurs n’ont pas été détrônés par le caca-boudin des « lofts ». La fougue photogénique de Clément Hervieu-Léger, titulaire du rôle-titre, n’est pas sans rappeler, dans la fierté et la noirceur espagnoles, l’éclat d’un Gérard Philipe ou d’un Nicolas Vaude. Face à la dictature actuelle du dénigrement mariole, de l’aveu salace et du dialogue basique, le spectacle de comportements héroïques, de tirades piaffantes et de talents éclatants garde autant de prestige et d’attrait qu’au temps où le TNP prit le pari d’en redonner le goût au plus grand nombre.
La ruelle du Palais des papes continue de monter, dans les nuits de juillet, tandis que le cœur bat toujours au lever des rideaux de scène sur de grands sentiments, de grands acteurs. Cette joie-là demeure, comme en témoigne le prix Plaisir du théâtre qu’entretenait la veuve de l’ancien critique du Figaro, Gladys Gautier, disparue le même jour que François Périer. Le bonheur d’admirer ce qui nous dépasse – ce sentiment loyal qu’un peu vite on disait ringard – a encore de belles soirées devant lui.

BERTRAND POIROT-DELPECH, DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE

C’est avec une jubilation, une délectation dans les mots et dans les gestes que Nicolas Vaude se glisse dans la peau du provocateur, du très immoral « Neveu de Rameau » de Diderot.

Son rêve : Dostoïevski
Il a commencé par être le fils de Jean-Pierre Marielle dans « Clérambard », celui de Robert Hirsch dans « Le bel air de Londres », il est aujourd’hui le neveu de Rameau. Un bien bel arbre généalogique. Cette succession d’emplois lui a valu le Molière de la révélation de l’année en 1998. Il rêve de jouer Dostoïevski, l’Avare, le Misanthrope, des personnages complexes « avec des milliards de facettes ».
Ce qui caractérise l’acteur Nicolas Vaude, c’est l’énergie, la fougue qu’il met dans ses rôles. Dans la journée, il s’économise pour la représentation à venir. « Les acteurs sont comme des athlètes. Ils doivent se préparer physiquement. » Alors il mange beaucoup de fruits et du chocolat au lait et noisettes. Avare de ses gestes, il l’est aussi de ses mots. Au reste, il termine rarement ses phrases, les abandonnant en cours de route, laissant l’interlocuteur se débrouiller avec. Évidemment, ce calme est un brin déconcertant. Mais on n’est pas au bout de ses surprises avec lui. Il fait une chaleur caniculaire, pourtant Nicolas porte une écharpe de velours noir autour du cou, un gilet, une chemise en épais coton blanc qui n’a pas dû croiser un fer à repasser depuis longtemps. À y regarder de plus près, sa tenue vestimentaire n’est pas sans rappeler son costume du « Neveu de Rameau ». « Je m’habille toujours en fonction de mes rôles. » Le jour où il jouera Tarzan, les voisins n’ont pas fini de se coller aux fenêtres… Et quand il ne joue pas, que fait-il ? Il détend ses jambes, étire ses bras : « Je flâne, je regarde, je passe beaucoup de temps à observer ». Ça pour observer, on veut bien le croire. Sous ses sourcils en bataille, les yeux fixent, analysent, jaugent sans retenue. Sans méchanceté aucune. Plutôt comme un enfant curieux qui scrute et interroge. Il enchaîne d’un air farouche, « c’est sur scène que je me sens le mieux ». Ou dans une mer d’eau froide, comme en Islande, en Écosse ou en Irlande. C’est vrai que pour fuir la foule et les journalistes, l’Islande, c’est efficace, nettement plus que les plages de Saint-Tropez.

Drôle de zèbre
Il passe la main dans sa crinière blonde, véritable provocation à tous les chauves de France et de Navarre. C’est au moins la vingtième fois qu’il exécute ce geste. Serait-il un Samson qui tirerait son énergie de ses cheveux ?!!! Ce n’est pas sa seule manie : il a pour habitude de promener son texte partout avec lui, emmailloté dans une sorte de chiffon blanc. Chiffon qu’il conservera jusqu’à la fin des représentations. « Je ne peux pas réutiliser le même pour un autre spectacle ». Les enfants traînent bien partout leur « doudou » !
Il a interprété Marcel Aymé, Françoise Sagan, Jean Anouilh, et maintenant Denis Diderot. Pourtant, il refuse l’étiquette d’acteur intello : « Je suis un instinctif ». Lorsqu’il travaille un rôle, toujours un à la fois – il ne peut se concentrer que sur une vie après l’autre -, il se contente de lire, de lire et de relire encore le texte. C’est l’auteur lui-même qui lui souffle ce qu’il doit faire, lui se contente de suivre son instinct. Depuis cinq ans, il a accumulé un nombre impressionnant de récompenses, tant au théâtre qu’à la télévision. Il est presque étonné qu’on lui en fasse la remarque. Gêné, il dit : « cela me fait plaisir ». Il poursuit son bonhomme de chemin. Il emploie l’expression « lame de fond ». Il redoute les ornières, préférant les nouvelles aventures artistiques à la vie de troupe. Le côté « famille d’acteurs » ne le concerne pas : « J’ai envie d’être le plus libre possible ». Il revient à son enfance, à ses douze ans, lorsque pour la première fois il est monté sur scène dans le cadre d’un spectacle scolaire, quand il a passé toute la soirée, caché dans les coulisses, à regarder ses petits camarades, alors que ses parents le cherchaient partout. « Pour eux, j’étais un martien ! » De ces années d’étudiant à l’école de la rue Blanche, il reste attendri. « Il m’arrivait de rater le dernier métro et d’aller dormir sur un palier. J’en avais repéré de très confortables… Mais c’est le genre d’anecdotes qui est arrivé à tous les comédiens. » Comme s’il voulait dire qu’il n’a rien d’exceptionnel. Tout de même, vérifiez bien sur votre paillasson, un acteur pourrait bien s’y pelotonner !

Pascale Courtin.

« Le Neveu de Rameau », de Diderot, mise en scène de Jean-Pierre Rumeau, avec Nicolas Vaude, Nicolas Marié et Olivier Beaumont.
Il passe sur le Ranelagh une bouffée de fraîcheur, d’intelligence et de grâce que je vous conseille d’aller savourer avant qu’il soit trop tard. C’est Diderot qu’on y joue, le Neveu de Rameau. Un bonheur total.
D’abord le bonheur d’un texte étincelant, une danse de l’esprit, un jaillissement d’idées, de propositions, de contradictions maîtrisées, un questionnement génial sur tout : la nature, la société, la morale, l’art. Dieu, et une réponse à tout, et aussitôt une objection à la réponse, bref, une pensée libre, ouverte. Ouverte à « la possibilité des choses ». Tout ce qui nous manque aujourd’hui : une bonne santé morale, la lucidité, la générosité des idées, le jugement fortement adossé à l’absence de préjugés. Quelle leçon pour nous ! Diderot moderne ? Allons donc, c’est mieux que cela. L’histoire marche vraiment à reculons. La science, certes, a progressé au-delà même de ce que pressentait Diderot, mais les moeurs. la morale des moeurs ? On se dit qu’il balaierait d’un formidable tourblion d’intelligence les certitudes, les dogmes, les catéchismes hypocrites qui emprisonnent la pensée contemporaine. Il paraît ces jours-ci à ce propos, heureuse coïncidence, un joli livre d’Evelyne Sullerot sous le titre Diderot dans l’autobus. On y trouve quelques belles pages sur l’incrédulité ce premier pas vers la philosophie. Mais revenons au Neveu, à la nervosité de la langue, à cet enjouement perpétuel, cette jubilation d’écriture. L’idée chez Diderot est transportée sur les ailes de l’imagination, dans un vol étourdissant. Le philosophe est un artiste.
Ensuite, le bonheur d’une musique. Pas seulement celle des mots, mais une vraie musique. Les deux comédiens et le metteur en scène. Jean-Pierre Rumeau, ont en effet travaillé l’adaptation du texte en collaboration avec un merveilleux claveciniste. Olivier Beaumont, qui accompagne le texte, sur scène, de quelques airs XVIIIe, d’époque ou de style. C’est d’une harmonie très réussie.
Enfin, le bonheur du jeu. Ce n’est pas aujourd’hui qu’on découvre Nicolas Vaude. Combien de fois avons-nous célébré son charme, sa grâce et sa force ! C’est un coup de maître que réalise aujourd’hui ce jeune acteur infiniment doué. Il donne une jeunesse étonnante au neveu de Rameau. Exactement le portrait que dicte Diderot : « le petit Rameau, le joli Rameau. Rameau le fou. l’impertinent, le paresseux, le gourmand, le bouffon… »
Avec des restes d’enfance attendrissants. La silhouette ébouriffée, débraillée, égarée. Une violence en même temps. Et une superbe mobilité, un jeu qui jaillit, un vrai pantin de pantomime. Vraiment remarquable. Il est admirablement soutenu par Nicolas Marié, dans le rôle plus discret, plus ingrat du philosophe.
Tout cela est d’une très grande qualité, qui rachète tant de vulgarités, tant de facilités, tant de conformismes.

La chronique théâtre de Philippe Tesson
Modernité de Diderot
® Fuyard.

LE NEVEU DE RAMEAU d’après Diderot, avec Nicolas Vaude, Nicolas Marié, Olivier Baumont.
C’est une conversation étincelante, rafraîchissante, dispensée dans un théâtre inhabituel où vous entrerez comme dans le salon d’un gentilhomme de vos amis. Ouvrez l’œil et l’oreille : la conversation est signée Diderot. En deux cents ans, elle n’a pas pris une ride tant le ton, l’insolence, les paradoxes crépitent dans une langue lumineuse et savoureuse. « Le neveu de Rameau » – qui excita de grands interprètes (entre autres, Pierre Fresnay) – bénéficie ici de trois bonnes fées : une mise en scène claire et endiablée, le contrepoint d’un grand claveciniste, Olivier Baumont, que Rameau n’eût pas désavoué, et l’interprétation étourdissante dans le rôle-titre de Nicolas Vaude. Un comédien qui a le charme et la juste folie du neveu. A ne pas manquer !
Le Point

URL :http://la-croix.com/
PAYS :France

« Le Journal intime de Mozart », un podcast qui donne la parole au compositeur

 

CRITIQUE

Premier podcast original proposé par France Musique, « Le Journal intime de Mozart » allie texte, musique et ambiance sonore raffinée. À écouter, que l’on soit petit ou grand.
Dans ce podcast de France Musique, Wolfgang Amadeus Mozart est interprété par l’acteur Nicolas Vaude.
La voix est claire, amicale, joyeuse ici, plus tendre là. Les consonnes claquent et les voyelles caressent. Et Nicolas Vaude parvient ainsi sans peine à se glisser dans le personnage de… Wolfgang Amadeus Mozart. Excusez du peu !

 

ENQUÊTE. Le podcast, l’art et la manière de raconter

Le comédien incarne l’enfant prodige, l’adolescent impatient, le jeune homme amoureux et le compositeur dévoré par le travail. Et l’on y croit, au fil des sept épisodes du Journal intime de Mozart , podcast proposé par France Musique, écrit par Marianne Vourch (1) et réalisé par Sophie Pichon. Mieux, on sourit, on rit et on s’émeut, porté par la simplicité sans affectation du récit et la grâce de la mise en onde. Si la musique s’y taille la plus belle place – comment en serait-il autrement ? – l’évocation sonore de la vie quotidienne à Salzbourg, des fêtes impériales à Vienne, des sabots des chevaux sur les routes d’Europe et des mille et une cloches résonnant au sommet des églises, ajoute son réalisme poétique.
« Un ruban dans le vent »

L’oreille remarquera avec gratitude que le chant des oiseaux – ces sopranos ailés que Mozart a élus comme compagnons de son Papageno dans La Flûte enchantée – accompagne de ses trilles l’ensemble des épisodes, trait d’union entre les années qui passent, les joies et les peines, les succès et les « galères ».
Formé par son père Leopold qui comprend bien vite quel « miracle » est né dans sa famille, l’enfant Mozart transforme en or tout ce qu’il touche : le clavecin, le violon et, bientôt, la feuille de papier à musique où il pose « des notes qui se déroulent comme un ruban dans le vent » . Les cours d’Europe applaudissent ce talent stupéfiant mais, en grandissant, Wolfgang sent qu’il va s’étioler dans sa ville natale de Salzbourg dont le prince-archevêque Colloredo s’emploie à brider sa jaillissante créativité et sa soif de liberté…

 

COMPRENDRE ET RESSENTIR

Le bonheur de voir triompher son opéra La Finta Giardiniera à Munich, son désir de composer des quatuors à cordes à l’image du grand Joseph Haydn, l’amer séjour parisien pendant lequel sa mère mourra, la commande de son fulgurant Don Giovanni par l’Opéra de Prague, celle du Requiem qui sera aussi le sien… Les sept épisodes laissent entrevoir comment Mozart a mis toute la force de son génie et toute son incroyable faculté de travail au service de la création. Jusqu’à l’épuisement, dormant trop peu, dépensant trop, donnant des leçons, courant les théâtres, composant et composant encore.
Destiné à tout public et en particulier aux jeunes oreilles, ce Journal intime n’élude pas la douleur de la maladie ni l’énigme de la mort mais les mots délicatement pesés de Marianne Vourch racontent avec douceur et retenue, laissant à la musique le soin de dispenser ses lumières et creuser ses ombres. Si bien que l’écoute de ce podcast développera aussi bien la connaissance de la vie de Mozart qu’elle aiguisera la
sensibilité de l’auditeur. Et, sans jamais se lasser, attisera l’envie d’entendre ses « notes qui s’aiment » .
L’épopée sonore d’Édouard Baer au Sénégal

©Emmanuelle Giuliani – La Croix

Inspirations...

Harry Baur et Jacques Thibaud
Harry Baur et Jacques Thibaud
John Gielgud
Théâtre de Marionnette en Inde